Apprendre le français en trois mois, devenir bilingue grâce à Netflix, ne jamais étudier la grammaire… Et si on arrêtait de croire aux recettes miracles ?Dans cet épisode un peu différent, je retrouve Amélie, professeure de français dans mon équipe, pour une conversation spontanée et sans filtre !Chacune a préparé quelques questions surprises pour l’autre.L’objectif ? Réagir à chaud aux clichés, aux idées reçues et aux promesses qui entourent l’apprentissage du français.On partage nos expériences, nos opinions et notre vision du métier de professeur, avec franchise et humour.Un épisode authentique, enregistré à un rythme naturel, pour les apprenants de niveau intermédiaire et avancé.Cet épisode est disponible en format vidéo avec les sous-titres sur YouTube.Bonne écoute !Virginie d’ehoui!


Apprendre le français : les idées reçues qui nous énervent !

Transcription — Conversation entre Virginie et Amélie (première partie)

Cette transcription a été mise en page pour faciliter la lecture. Les échanges et le ton oral ont été conservés.

Introduction

Virginie : Je veux passer mon DELF B2 alors que j’ai un niveau B1. Je ne comprends pas, j’ai pris seulement quelques heures de cours avec toi et je ne vois pas d’amélioration. Mais tout est gratuit. Pourquoi prendre des cours ? Des phrases comme ça avec Amélie, on en entend très souvent et on en voit beaucoup sur Internet.

Et aujourd’hui, on a décidé d’échanger, de donner notre opinion sur ces choses qu’on peut voir, sur ces mythes, sur ces idées vraiment complètement folles qu’on peut voir régulièrement sur Internet. C’est un dialogue naturel où on parle relativement vite. Donc c’est un très bon moyen pour vous de tester aussi votre compréhension orale d’un niveau plus avancé. Et de toute façon, il y a les sous-titres sur YouTube si vous nous écoutez en podcast.

Cet échange est assez long, donc je vais le diviser en deux épisodes. Et c’est parti pour la première partie de l’épisode. Alors Amélie, première question j’ai pris quelques heures de cours et je n’ai pas progressé. Je vais arrêter et je continue seule. Qu’est-ce que t’en penses de ça ?

Quelques cours suffisent-ils pour progresser ?

Amélie : Franchement, c’est vraiment une question d’investissement personnel, je pense, en effet. Le fait d’arrêter, je pense que pour soi-disant continuer tout seul, on sait très bien que ça ne se fera pas. Parce que si déjà en étant accompagné, on n’avance pas, c’est qu’il y a quelque chose qui bloque quelque part. Donc faudrait déjà identifier le problème, le pourquoi. Est-ce que c’est le temps ?

Est-ce que c’est le manque d’envie ? est-ce que c’est parce qu’on est obligé de le faire ? Parce qu’il y a quand même beaucoup d’étudiants qui sont dans ce cas-là, pour préparer…

Virginie : Ça, c’est la majorité de tes élèves ?

Amélie : Pas la majorité, mais une bonne moitié qui doivent apprendre le français parce qu’ils ont besoin pour le visa, des choses comme ça. Donc quand on a cette pression, je comprends qu’on soit pas réellement motivé. Mais sincèrement, non, et c’est justement là où il ne faut pas lâcher quoi. Tout seul, on ne fera rien, ça, c’est clair. Si déjà en étant accompagné, on ne fait rien, en étant seul, on fera encore moins

Amélie : Ça, c’est mon point de vue.

Virginie : Moi, j’ai eu le cas d’un élève qui n’est pas resté longtemps et qui disait : « Je sens que je n’ai pas progressé et je préfère arrêter. » La personne avait pris un forfait de six ou sept cours avec moi. Qu’est-ce que t’en penses de ça ? Moi, j’ai l’impression que parfois, c’est aussi un problème d’ego

Amélie : C’est possible aussi, oui. Peut-être des gens qui pensaient, avoir des niveaux beaucoup plus élevés parce que, parce qu’ils ont réussi à faire, je ne sais pas combien de points sur une application

Virginie : Qu’on ne citera pas

Amélie : On imagine avoir un niveau énorme et en fait quand on est confronté à la réalité, c’est un peu comme les mèmes que tu vois sur Internet, le français dans ma tête avec la belle tour Eiffel, tout ça, les belles fleurs et tout ça. Et puis le français dans la réalité où c’est juste une structure comme ça complètement défoncée. C’est un peu ça en fait. Défoncée? Qu’est-ce que tu

Virginie : Qu’est-ce que tu veux dire par « défoncée » ?

Amélie : « Défoncée », c’est-à-dire qui n’est pas en bon état, qui n’est pas équilibrée, qui n’est pas bien construite.

Et on est tous comme ça sincèrement. je veux dire, les premières fois où moi, par exemple, quand — les premières fois où j’ai été, en Angleterre et que obligée de parler parce qu’il faut bien commander quelque chose à manger et que les gens, ils te regardent avec des grands yeux en disant: « On ne comprend absolument rien de ce que tu nous racontes évidemment, on est frustré, on est énervé, on se dit: « Oui, c’est de la merde » et on a envie d’arrêter.

Mais oui, en effet, oui, ça peut être une question d’ego à ce niveau-là. Mais bon, au bout d’un moment, il faut aussi être adulte et respirer et se dire: « Bon voilà, on est là pour progresser »

Virginie : Toi, en général, quand tu — t’as des élèves qui ne continuent pas, est-ce que tu sais- En général, la cause principale, bon, bien sûr, t’en as parlé, il y a plein de… Mais moi, j’ai vu en tout cas les rares fois, heureusement, en général, les élèves restent très longtemps. Mais le peu de fois où des élèves sont partis, moi, j’ai vu que c’était aussi peut-être un problème de, d’ego. Oui

Amélie : Oui, c’est possible. Oui, pour certaines personnes, oui. Mais je pense que, personnellement, je n’ai pas vraiment eu, tant de cas que ça. D’accord. Comme ça. J’ai plutôt eu des changements, de, d’orientation où, finalement, ils en avaient plus nécessairement besoin là maintenant. Donc, il fallait changer un peu de profession, de pays. Donc forcément, ça te fait arrêter. Puis après, pour reprendre, c’est compliqué.

Plutôt aussi, peut-être, quand ça fait longtemps

Amélie : Un peu un ras-le-bol de…

Virginie : C’est normal aussi

Amélie : C’est normal. Moi, je comprends. Quand tu passes, un an, un an et demi, deux ans avec un professeur, bon, t’as envie de voir autre chose. Et puis tu te dis: « Bon maintenant, ça doit être bon quand même »

Amélie : Donc ça, je comprends, c’est normal.

Virginie : Ou même changer de prof.

Amélie : Même changer de prof, ça fait du bien changer d’air, ouais, pour changer d’accent, pour changer de personnalité, évidemment. Ça, c’est le jeu. mais j’ai plus eu des cas comme ça… ou alors des gens qui avaient besoin juste de préparer un examen, qui l’ont préparé, puis voilà… On n’en a plus besoin. Et des fois, tu les retrouves parce qu’ils préparent un autre examen… Du coup, ça fait

Virginie : Et moi, ce qui m’est souvent arrivé, c’est j’ai des élèves qui s-, qui à la base venaient pour préparer un examen et qui ont laissé tomber, qui ont continué à prendre des cours juste pour le plaisir de, pour le plaisir de parler français puis de pratiquer

Amélie : Oui, ça aussi, ça arrive, oui

Comment progresser à l’oral si on n’ose pas parler ?

Amélie : On arrive avec une intention et puis en fait, on se rend compte que c’est sympa de, d’avoir quelqu’un avec qui pratiquer parce qu’il y a ça aussi, c’est, un gros problème. Si on te dit: « Comment est-ce que je peux améliorer, ma production orale? »

Virginie : Ah ! Oh là. Alors ça, c’est un sujet dont je voulais vraiment parler. Combien de fois j’ai entendu : « Ah je veux apr-, je veux améliorer ma production orale, mais, je ne parle pas parce que je n’ai pas l’occasion de parler puis parce que ça me fait peur ». C’est impossible. On ne peut pas, par exemple, apprendre à jouer du piano en regardant quelqu’un jouer du piano. On ne peut pas apprendre à nager en regardant quelqu’un nager.

C’est la même chose

Amélie : Mais c’est ça, en fait. C’est exactement ça. Oui. Tu — Il faut pratiquer, il faut le faire, il faut se lancer. Alors évidemment, le plus pratique, c’est quand même avec un professionnel pour avoir des retours, des corrections. Parce que c’est ça aussi. Il faut insister sur le fait que c’est bien gentil de parler avec des francophones, mais si on fait des fautes et qu’on nous corrige pas, on ne progresse pas

Virginie : Moi, ça a été un gros problème parce que les anglophones, en général, sont très gentils et même si ce n’est pas parfait ce qu’on dit, ils ne corrigent pas. Ça, c’est très poli, mais par contre, combien de fois Ça m’est arrivé, on ne me corrigeait pas et j’ai fait la même erreur pendant des années. Je savais même pas que c’était une erreur

Amélie : C’est ça.

Virginie : Ah mais on te comprend, c’est, ce n’est pas grave. Ouais, mais moi, j’ai envie de progresser

Amélie : Mais c’est la même chose ici

Virginie : Ouais, c’est la même chose. Les Hispanophones, les Mexicains, ils sont très sympas, ils vont pas — même si tu fais des erreurs, ils vont rien dire

Amélie : À moins que tu leur dises: Bon maintenant, tout le monde me corrige. Donc

Virginie : Ouais, mais maintenant, on ne te corrige plus. Oh si quand même. Ah ouais

Amélie : Oui, il y a quand même des moments où mon cerveau, il patauge dans la choucroute. Donc

Virginie : En quoi ? Vas-y

Amélie : Mon cerveau, il patauge dans la choucroute.

Virginie : Vas-y, comment t’expliques? J’adore les expressions de, d’Amélie qui sont très fleuries

Amélie : Patauger, ouais, c’est-à-dire que le cerveau, il fonctionne pas très bien. Donc des fois, on peut avoir un problème de prononciation, un problème de conjugaison ou des choses comme ça où le mot, ce n’est pas le mot approprié. oui, c’est rare, mais ça fait plaisir quand même d’être corrigé Puis je pense que vu que c’est relativement ponctuel, c’est moins contraignant peut-être aussi, oui. Mais

Pourquoi la correction est-elle parfois difficile à accepter ?

Virginie : Et qu’est-ce que tu penses de ça aussi? J’avais eu, bon, ce n’est pas la majorité, mais il y a certains élèves qui peuvent être un peu vexés quand on les corrige. Ah tu me corriges trop ou ne m’interromps pas. Ça, je peux comprendre. Pour être interrompu, parce qu’on peut couper la personne dans son élan, dans son, dans son envie d’expliquer. La personne se concentre beaucoup. Ça, je peux comprendre.

Mais parfois, ça peut être compliqué de dire: OK, est-ce que je corrige tout? Je corrige pas tout? Je fais comment? J’écris tout? J’ai eu des, j’ai eu des — le cas, donc c’est vraiment pas la majorité, mais j’ai eu un élève en particulier où c’était un petit peu compliqué la correction

Amélie : On en revient

Virginie : À l’ego. Et c’était encore un — cette personne-là, c’était évident que c’était, c’était l’ego

Amélie : On en revient à ça quoi. je veux dire si on veut simplement parler et puis que ça passe, que voilà, peu importe la construction de la phrase, du moment que le message est délivré, ce qui est la définition de la, de la communication, voilà, il y a certaines personnes, ça les dérange pas. Et ils n’ont pas envie qu’on les corrige sur des broutilles, par exemple

Virginie : Qu’est-ce que c’est des broutilles ?

Amélie : Pour moi, ce ne sont pas des broutilles, mais pour eux, ça l’est. Par exemple je ne sais pas. Est-ce que tu

Virginie : Tu peux donner la définition de « broutille » ?

Amélie : broutille? Une broutille, c’est quelque chose qui n’est pas très important, en fait. Vraiment un petit détail quoi. Évidemment, si tu me dis: je ne sais pas moi, il a acheté des grosses pommes au lieu de grosses pommes. Franchement, bon, au bout d’un moment, on va même pas relever quoi. Il y a tellement de Français qui font cette faute-là que bon, voilà

Virginie : Moi, je ne peux pas. Je suis obligée de corriger.

Amélie : Oui, non, mais tu — oui, mais parce que c’est notre boulot

Virginie : C’est ça.

Amélie : Mais sincèrement, voilà, ça, c’est ce que j’appelle une broutille. Par contre, quand tu me dis: Ils croivent. Ils croivent et puis il faut que je vais. Il faut que je vais. Oh là, ouais, des choses comme ça, ouais là, il faut corriger

Le subjonctif est-il vraiment inutile ?

Virginie : Je vais te dire un truc, ça, c’est juste avant qu’on se voie. J’ai eu un cours avec un de mes élèves de niveau avancé. Il est parti un mois en France et il m’a dit: Virginie, qu’est-ce que t’en penses? J’ai une gamine, une adolescente de quatorze ans qui m’a dit: Ah, mais le subjonctif, on l’utilise pas en français. Ça sert à rien que t’apprennes le subjonctif

Amélie : Oui, parce que si t’écoutes les nouvelles générations –

Virginie : Mais ils savent même pas ce que c’est le subjonctif. Elle ne savait même pas ce que c’était le subjonctif. Je pense qu’elle a confondu subjonctif et passé simple

Amélie : Alors peut-être déjà ça aussi, mais il est vrai que de toute façon, dans le langage quotidien, aujourd’hui, tu as de plus en plus de jeunes, qui évitent, d’utiliser, le subjonctif. Et donc au lieu du « que », ils suppriment complètement le « que » et ils te mettent un- Ah oui, tu m’avais

Virginie : Tu m’avais envoyé cette vidéo.

Amélie : Ils mettent carrément, je crois que c’est peut-être un infinitif ou quelque chose comme ça ou simplement un indicatif. Mais oui, en effet, oui. Mh

Virginie : Oh mon Dieu, oh je suis

Amélie : Choquée. C’est une tendance. Est-ce qu’elle va rester? Est-ce qu’elle- Je

Virginie : Je n’espère pas !

Amélie : on verra. Remar — C’est comme nous, ce qu’on fait, par exemple, quand on, quand on parle, quand on te donne une phrase négative, plus personne ne dit le «ne«, sincèrement. À l’époque où les gens disaient la négation complète, quand on — les jeunes générations commençaient à ne plus le dire, ça a dû les choquer aussi. Donc peut-être qu’on va vers ce type d’évolution. C’est ce que disait le linguiste dans cette vidéo, justement.

Après, bon, est-ce que c’est juste un effet de mode ou est-ce que réellement, on arrêtera d’utiliser «que« plus subjonctif ? Ça me semble un peu compliqué par rapport au «ne«. Mais

Virginie : Il faut que

Amélie : Je vais. Il faut que je vais. Il faut

Virginie : Que je vais. T’as déjà entendu «il

Amélie : Faut que je vais«? Oui, tu l’entends,

Virginie : Oh, je suis choquée

Amélie : Tu peux l’entendre, ouais, des personnes qui vont te le dire,

Virginie : Ah non. Oh non, je suis vraiment… La vieille, la vieille, la vieille école

Amélie : Ouais, mais c’est des tendances. Après, est-ce qu’elles restent Est-ce qu’elles partent? De toute façon, c’est des langues vivantes, donc elles sont censées bouger aussi. Après, c’est comme tout, il y a des choses qui vont rester, il y en a d’autres qui vont partir quoi. Donc pour l’instant, voilà, ça reste une tendance. Ce n’est pas la majorité des gens parce que quand même, on l’entend beaucoup plus que on ne l’entend pas

Virginie : Mais il y a beaucoup de gens qui utilisent le subjonctif, beaucoup de Français, ils savent même pas ce que c’est un subjonctif

Amélie : Ah bien sûr, parce que tu le fais inconsciemment. ça, c’est normal parce que tu l’entends, donc tu le répètes comme un perroquet. En fait, tu fais pas attention aux termes: ‘Ah oui, tiens, là, juste cette structure-là«

Virginie : C’est comme moi, les verbes en espagnol, je ne connais pas du tout le nom des temps. Moi, je l’ai pas appris. Toi, tu l’as appris à l’université ou à l’école. Moi, je n’ai pas appris l’espagnol comme ça. je ne sais pas du tout le nom des temps. Je sais bien conjuguer en général, mais… En anglais, c’est pareil, je ne connais pas le nom des temps. Le nom des temps

Amélie : Des temps, oui

Virginie : Des temps, pardon

Amélie : Parce que c’est ce qu’on appelle du métalangage. Ce n’est pas nécessairement utile quand on est étudiant, sincèrement. Pas du tout… Donc voilà, il y a des évolutions et il faut,

Virginie : Il

Amélie : Il ne faut peut-être pas nécessairement les suivre, mais…

Virginie : Moi, je suis assez traditionnelle quand même par rapport à toi

Le passé simple a-t-il encore sa place ?

Amélie : Oui, moi, je — Oui, parce que — non, parce que je pense qu’en fait, moins on utilise les constructions appropriées, plus on perd de sens. Donc ça te permet quand même d’avoir des nuances. Déjà, rien qu’avec le passé composé, on a quand même perdu pas mal de nuances dans notre discours au passé.

Parce que sincèrement, quand tu lis des livres, pas nécessairement de la grande littérature de, du seizième siècle, non, des romans actuels écrits par des auteurs actuels, contemporains, ils utilisent toujours le passé simple pour certaines situations.

Parce que — Et quand tu le lis, tu verrais même pas dans ta tête, tu n’utiliserais pas non plus un passé composé. je veux dire, ça, c’est tellement précis de vraiment le — ça te marque le temps exact. Même

Virginie : Même dans le club de lecture que tu animes, là, de romans policiers, tu vois dans les romans policiers, tu vois beaucoup de passé simple?

Amélie : Oui, on en voit quand même, oui

Amélie : Pas dans les dialogues, évidemment. Les dialogues, non, c’est du, ça — Ils vont pas l’utiliser, mais dans toutes les descriptions, dans toute- La narration. La narration, toute comment l’idée est amenée. Oui, on l’utilise. Et sincèrement, moi, je ne me vois pas non plus écrire un passé

Virginie : C’est intéressant. J’avais jamais… ouais, je m’étais jamais demandé: ‘OK Là, on ne pourrait pas remplacer le passé simple par du passé composé

Amélie : Ça ne ferait pas pareil, je ne sais pas. C’est bizarre. Après, je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi

Virginie : La précision de la langue française. Question, vas-y

« Je comprends tout, mais je ne sais pas parler »

Amélie : Question: je comprends tout, mais je ne sais pas parler

Virginie : Oh là ! Là, tu me poses une colle. Poser une colle, c’est quand on ne sait pas quoi répondre. C’est le cas de beaucoup d’apprenants qui font la démarche de prendre des cours. Parce que pour moi, la compréhension orale, c’est tu reçois, mais tu ne produis pas. Et à partir du moment où tu produis, c’est toujours plus difficile. C’est toujours plus difficile de devoir écrire et c’est toujours plus difficile de devoir parler.

Donc, c’est vrai que de toute façon, pour pouvoir bien parler une langue, ça passe en premier par l’oreille. J’avais un élève qui avait beaucoup de difficultés à parler parce qu’il avait une mauvaise oreille. C’était une personne qui s’était exposée à l’apprentissage de la langue étrangère très tard. Il avait déjà la soixantaine et j’ai réalisé avec le temps qu’il avait beaucoup de difficultés à comprendre.

Et donc, vu qu’il n’entendait pas entendre dans le sens où il avait une mauvaise oreille, je veux dire des problèmes d’audition, mais il avait effectivement une mauvaise oreille en langue et ça a été très compliqué après de passer à la production orale. Et là, on revient à la même chose. Ce n’est pas la même chose d’écouter un podcast, de regarder une chaîne YouTube en français et ensuite de parler français. Ça n’a rien à ça.

Ce n’est pas que ça n’a rien à voir, mais ce sont des compétences langagières qui sont vraiment différentes

Amélie : Exactement, oui. On n’a pas nécessairement l’activation du vocabulaire. Il est là réellement le problème, parce qu’évidemment, quand on peut écouter un podcast de natifs sans aucun problème, même avec des expressions du quotidien ou des choses comme ça, et qu’on les comprend sans aucun problème et qu’au moment de parler, on n’arrive pas à les répéter, ce n’est pas nécessairement un problème.

Ce n’est pas seulement de la production orale, c’est aussi le problème que le vocabulaire, il est en sommeil. C’est-à-dire que l’oreille, elle l’entend et on le détecte et on sait à quoi ça correspond. Mais le problème, c’est qu’il n’est pas assez actif pour venir à l’esprit quand on en a besoin, au moment où on en a besoin, pour exprimer ce que l’on veut. Et il est là le problème.

Et je pense que évidemment, c’est très bien d’utiliser des podcasts, des vidéos, des séries et tout ça, mais il faut rendre cette écoute active. Et pour ça, il n’y a que des exercices, des questions au sujet de l’audio qu’on vient

Virginie : Tout à fait.

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